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Archive pour décembre 2014

Chapitre 5

Samedi 6 décembre 2014

Nous avons attendue trois semaines avant de pouvoir signer le bail et obtenir les clefs de notre local, tout avait été vidé, nettoyé même, une chape de béton avait été coulé sur la terre battue de la salle à l’arrière. Le budget des travaux avait éclaté tout était à refaire du sol au plafond de plus j’avais perdu par ma faute l’aide précieuse de mon mari et de ses amis. J’avais fait la connaissance d’un jeune homme a une fête et commencé une relation amoureuse, mon couple battait de l’aile depuis longtemps.
Voulant être honnête, j’avais mis au courant mon mari, ne voulant pas être taxée de profiteuse. Ce dernier eut un mouvement de jalousie alors que je croyais que tout était clair entre nous et décida de ne pas m’aider.
Isabelle était furax
— Tu aurais dû attendre pour lui dire à cause de tes conneries on est dans la Merde !
— Ne t’en fais pas, je vais tout prendre en charge.
— Je ne suis pas manuelle pour deux sous, ne compte pas trop sur moi !

J’ai bien compris à ce moment-là que j’avais peut être commis une erreur d’appréciation, mais bon c’était trop tard, tous les papiers étaient signés. Alors bon an, mal an, il fallait faire avec.

En tout cas moi je pouvais me regarder dans un miroir, je n’étais pas une menteuse !
Je me suis transformée en homme de chantier et avec l’aide du copain de ma soeur, Christian, nous avons détruit des cloisons, arraché la frisette, sablé les belles pierres dorées qui se trouvaient dessous. Heureusement qu’il était là pour m’aider, il a pris le rôle de maître d’oeuvre et grâce à lui en quelques semaines naissait le restaurant.

Isabelle passait de temps en temps faire l’inspecteur des travaux finis, bien propre dans son petit tailleur elle s’essayait au relationnel client. Même dans ce rôle elle n’était pas très bonne, voulant jouer la commerçante elle gloussait trop fort aux plaisanteries, roucoulait auprès de la gente masculine. Nos nouvelles copines ne la voyaient pas d’un bon œil et commençaient à la juger.
Ce qui me valait un questionnement permanent dès qu’elle avait le dos tourné.
— Mais pourquoi tu t’es associé avec elle ?
— Madame fume des bouts dorés et ne veut pas se salir les mains, elle se prend pour qui ?
J’évitais de répondre me sentant fautive à cause du coût des travaux, je disais que l’on s’était accordées comme cela.
Une fois de plus, j’étais trop gentille, je savais d’avance que j’allais m’en voir avec elle, radine, menteuse et en plus feignasse.

J’avais tiré le gros lot !
Les cheveux en bataille couverte de poussière je la retrouvais à la terrasse en face pour boire un café, le quartier était déjà partagé en deux à notre propos. Josiane et son mari appréciait Isabelle. Avec moi, je sentais une réticence, plus le temps avançait, l’ouverture se précisait, je ne me faisais pas avoir par leurs simagrées et belles paroles.
— Le soleil brille pouR tout le monde, vous êtes super les filles !

 Tu parles, on va être en concurrence directe, chante beau merle !
Elle s’amusait à répandre notre différence auprès de sa clientèle et ne donnait pas chère de notre association, alors ces coups de lèches bottes ne me touchaient pas. J’avais une infiltrée parmi les demoiselles du quartier et cela personne ne s’en doutait.
 Le hasard des rencontres encore une fois avait joué à plein !
Un an auparavant, j’avais fait la connaissance par le biais de mon travail d’une femme d’une cinquantaine d’année qui m’avait énormément touchée. J’exerçais la profession d’enquêtrice pour un institut de sondage, dans le cadre d’une étude sur des chocolats j’avais interrogé Ginette qui avait répondu très gentiment à mon questionnaire. Une femme énergique pleine de bonne humeur, tous les matins elle se levait aux aurores pour faire des ménages à la gare de Perrache et semblait heureuse de sa situation. Lorsque je lui avais demandé si elle avait des enfants son regard s’était brouillé d’humidité.
— Oui j’ai un fils, cela fait longtemps que je ne l’ai pas vu, excusez-moi je suis ridicule de pleurer comme une gamine.
Elle s’était vite ressaisi et de sa voix éraillée de fumeuse de gitanes.
— On croit bien faire, moi j’ai tout quitté pour l’élever et du coup il s’est éloigné dès qu’il a été en âge de voler de ses propres ailes. C’est ainsi !
A l’époque je n’en su pas plus, sa tristesse m’avait atteinte et je m’étais fait un devoir de la rappeler pour le questionnaire de retour après avoir testé le produit. Normalement j’aurais dû le déléguer a une collègue, mon instinct me disait que je devais le faire, j’en avais profité pour avoir de ses nouvelles, elle était heureuse son fils avait téléphoné. Je l’avais recroisé plusieurs fois et papotais avec elle à chaque occasion de façon très cordiale.
J’ai retrouvé Ginette un soir attablée avec les prostituées les plus âgées du quartier, rigolant aux éclats, l’une lui indiqua à voix basse que j’étais la nouvelle propriétaire du bar en se retournant elle s’écria :
— Ah mais c’est ma copine. Elle est super gentille ! Les filles ça va changer, c’est quelqu’un de bien !
Elle m’embrassa comme du bon pain et d’un coup le regard de ses femmes à mon égard changea, je me sentais adopté.
J’étais accepté par les anciennes et compris d’emblée que je n’aurais aucun souci avec elles.
Gigi comme on l’appelait me rendait visite régulièrement sur le chantier, petit à petit elle me dévoilait son histoire.
Elle était parisienne d’origine, d’une famille modeste à 21 ans elle avait pris en charge sa famille son père étant décédé, elle était devenu la première femme chauffeur de taxis de la capitale. Elle avait très bien gagné sa vie et s’était mis a fréquenté les lieux de nuits ou l’argent et le champagne coulaient à flot. Elle y avait rencontré l’homme de sa vie, antiquaire Suisse il lui fit connaitre la grande vie, de palaces en casinos, elle se laissa prendre au jeu. Petit à petit il ferma les robinets et lui fit comprendre qu’avec son physique, magnifique brune aux yeux verts, elle pouvait continuer à vivre ainsi. Par amour et pour l’argent facile elle avait plié. Au début avec des clients triés sur le volet puis elle déménagea sur Lyon rue de Brest sur un bout de trottoir, son homme l’avait abandonné ou plutôt lui rendait visite de temps en temps. Il n’avait pas besoin de son argent, des activités obscures le tenait éloigné, il faisait comme beaucoup de gros bras à l’époque parti du SAC.
Le Service d’Action Civique, milice privée de De Gaulle au début créé pour combattre les gauchistes, y participaient des anciens résistants ensuite des pros Algérie Françaises, un mailletage des renseignements sur le territoire hors du système politique. Posséder la carte de ce réseau ouvrait le Sésame d’informations précieuses qui ne furent pas toutes utilisées pour le patriotisme. Le milieu s’’y infiltra et sous couvert de services rendus à la nation obtint un genre d’immunité. On fermait les yeux sur leurs exactions tant que cela ne dérangeait pas le pouvoir en place. Début des années 80 son homme est mort d’après ce que j’ai compris, elle avait un enfant de dix ans, elle a arrêté la prostitution et ne trouvant pas de travail vu son
parcours, faisait des ménages et parfois servait de garde du corps le soir auprès de ses anciennes collègues.
 Confidences pour confidences, pour moi c’était l’aubaine, j’allais enfin en savoir plus sur ma tante !
Je racontais a Gigi ce que je savais sur Marie, puisqu’elle avait elle aussi tenue le siège de l’église, forcément elle devait la connaitre. Elle me répondit qu’elle voyait vaguement qui c’était, mais ne voulut pas m’en dire plus. Elle me fit comprendre que si je voulais être tranquille il ne fallait pas que j’en parle dans le milieu l’omerta était de mise.
Il y avait deux clans les anciennes qui étaient toute affranchies c’est-à-dire qu’elles travaillaient pour elles. Propriétaires de leurs appartements, elles choisissaient leurs clients et ne pratiquaient pas l’abattage. La cinquantaine bien tassée pour la plupart le quartier était leur fief. Dans un périmètre de deux pâtés de maison, elles se tenaient en bas de chaque porte, s’interpellaient d’un coté de rue à l’autre avec leurs accents du sud, la plupart venaient des Bouches du Rhône. Commères, elles voyaient tout, saluaient, les commerçants, les employées toujours un petit mot gentil, rien n’échappait à leur vigilance. Vers 10 heures du matin elles étaient en poste sur leur bout de trottoir, leur clientèle n’avait pas de honte à se montrer, gardiennes du quartier le calme régnait.En fin d’après-midi elles finissaient leur journée et laissaient place aux jeunettes, comme elles disaient.

Des filles plus jeunes prenaient place en milieu de journée et taffaient le soir, apparemment une bonne entente régnait entre les deux générations.
Mais à y voir de plus près il y avait un désaccord profond, les temps avaient changés, avant les caïds étaient des Monsieur. Les plus âgées avaient connu ses hommes du grand banditisme
— Ils avaient un code d’honneur !
disaient-elles.
— Pas comme les petit voyous près a tiré sur n’importe qui pour une poignée de dollars que l’on voit maintenant!
Les jeunes drainaient une autre clientèle, les passes étaient rapides, la vulgarité était de mise aussi bien dans le langage que dans les tenues. Une faune gravitait autour, mon bar avait été le point de ralliement de tout ce petit monde du temps de l’ancien propriétaire.
 Décidemment, mon destin était scellé, tout s’était mis en place malgré moi. Je me retrouvais sur les traces de ma tante sans l’avoir cherché !

En belle lettre lumineuse, je fis installé l’enseigne un jour avant l’ouverture, je ne savais pas trop quelles allait être les réactions.
 A vrai dire intérieurement je rigolais d’avance, après avoir digéré ce pied de nez de la vie !
Lorsque Jacqueline, ma tante, avait monté les statuts de la Sarl, elle m’avait demandé le nom de l’établissement, forte de mon idée de jardin je lui répondis.
— Le Patio, c’est joli, non ?
Après vérification elle me dit :
— Il faut que tu changes de nom, c’est déjà pris par une autre société si tu ne veux pas être embêté, trouves en un autre.
J’étais colère rien ne venait, je lui dis :
— Tu as un dictionnaire, je veux un nom qui commence par P et qui fait penser à un jardin.
Je l’ouvris a la lettre, regarda rapidement et au bout de trois minute :
— Voilà, j’ai trouvé : ce sera le Priape : dieux grec des jardins, c’est super !
Très contente de moi, je ne lus pas plus loin la définition et l’on statua avec ce mot.
Quelques jours plus tard, en voyant Claude je lui annonçais que tout était Ok.
— Bientôt un nouveau resto sera en bas de chez toi, il s’appellera Le Priape.
Je vis un regard interloqué, suivit d’un grand éclat de rire.
— Tu ne manques pas d’air, tu l’as fait exprès ou quoi ?
Je le regardai sans comprendre, il s’en rendit compte.
— Ben quoi, le priapisme tu connais ?
— Non pourquoi ?
— C’est une maladie, les mecs qui l’ont, bandent sans arrêt, dans un quartier de prostituées c’est raccord ah ah…
J’étais complètement déconfite il fallait que je vérifie, je pris un dictionnaire. « Priape : protecteur des jardins et des troupeaux, est un dieu de la fertilité, c’est un dieu ithyphallique, On reconnaît Priape par son gigantesque pénis constamment en érection »
L’inauguration se fit début septembre.
Les débuts étaient prometteurs, nous faisions restaurant le midi et bar le restant de la journée. J’avais pris en main la partie restauration, Isabelle venait pour le service du midi et reprenait le soir à partir de 17 heures pour le bar.
J’étais heureuse je me sentais indépendante on ne se marchait pas sur les pieds. Je m’occupais des achats, des menus avec Franck, on s’entendait bien. Les clients du restaurant se fidélisaient et bientôt on devint un des bistrots qui marchait le mieux dans les alentours.
Vers 8 heures du matin c’était la levée de rideau, entrait en scène mes premières clientes.
 Eh non ! Vous vous trompez !
En ville tout un tas de personnes travaillaient, moi j’avais les vendeuses et employées des boutiques et bureaux, se levant tôt pour prendre les transports urbains jusque-là. Certaines avaient pris leurs habitudes et constituaient mes habituées matinales, elles appréciaient ma présence féminine et sentaient à l’aise au Priape.
La politique de la ville avait débarrassée le centre Lyon de la populace. Michel Noir, nouveau maire, voulait en faire une ville propre, son ambition était grande, voir Présidentiel !
Les bureaux avaient remplacés les appartements des ouvriers, recasés en banlieue proche, la spéculation immobilière marchait à plein rendement. Seuls les riches commerçants, notaires banquiers et autres professions aux forts revenus pouvaient se payer le luxe d’y vivre. Tel un vortex ce point stratégique au petit matin absorbait les petites mains pleines d’énergie et les rejetait le soir usées, fatiguées en périphérie dans des faubourgs gris, loin des lumières de la ville.

Parmi ma clientèle la différence sociale était marqué par la possession ou pas d’une voiture.

Tiens cela me rappelle une autre situation !
D’un côté celles qui œuvraient dans les magasins chics, tirées à quatre épingles, habillée avec les marques qu’elles vendaient un peu coincées au premier abord.
De l’autre les petites secrétaires de bureau ou vendeuses de prêt à porter tel que Pimkie ou Camaieu, ces magasins bon marché qui avaient envahis la rue de la République.
Au début elles ne se parlaient pas, se regardaient de travers les unes toisant les autres, j’avais l’impression d’être dans une partie de Go, a qui remporterait le territoire.
 Elles n’allaient pas me bouffer le trognon, très longtemps !
Je détestais les jugements à l’emporte-pièce, je les appréciais toutes et réussie en peu de temps à établir un équilibre. Elles s’embrassaient comme du bon pain et se séparaient en courant pour ne pas être en retard, après des bavardages qui n’en finissaient plus. C’était une époque où les femmes s’émancipaient, elles avaient vu pour la plupart leur mère dépendre du chef de famille, et se retrouvaient avec une paye leur permettant d’être à la mode, ce sujet était le premier dans la hiérarchie de leurs préoccupations.
 Moi c’était plutôt, combien de couverts ce midi ?
La gente masculine se tenait dans le bistrot d’en face, accoudé au comptoir, tournant la tête comme des veaux regardant passer le train lorsqu’une belle poussait la porte de mon établissement.
De temps à autres un ou deux s’aventuraient en coq au milieu de ma basse-cour mais n’arrivant pas à y régner, retournaient la queue entre les jambes au sourire mielleux de Josiane. Je la voyais glousser derrière son comptoir aux récits de ces messieurs éconduits.
Bien sûr j’avais quelques clients hommes, ils arrivaient en fin de matinée à l’heure de l’apéro, des commerçants et artisans, les conversations changeaient de ton. Les affaires, la politique et le foot, leur rivalité se mesurait à celui qui parlait le plus fort, faisait le meilleur jeu de mot.
 Ils me pompaient l’air avec leurs blagues à deux balles !
Isabelle débarquait à onze heures trente, pour la mise en place des tables, je la laissait avec eux et filais dans la deuxième salle pour en faire de même. Je vérifiais avec Franck que sa mise en place soit faite et fumais ma clope tranquille dans la cour avant le rush du midi.
En deux heures de temps soixante-dix personnes minimum se ruaient sur le buffet de crudités à volonté que j’avais eu l’idée d’installé, les plats du jour avaient aussi un beau succès. Pas trop cher, frais et bon, on était devenu le resto à la mode du coin.
Une chouette ambiance, les assiettes valsaient dans tous les sens, les rires fusaient de tous côtés.

 J’étais au top, la vie était belle, j’avais réussie !
Vers 14 heures, le calme revenait il fallait tout ranger nettoyer, Isabelle prenait la poudre d’escampette dès qu’elle le pouvait, son art était l’esquive devant toutes taches rebutantes.
Pendant le service elle sillonnait de table en table avec son sourire de tiroir-caisse ouvert, faisait des salamalecs aux clients les plus fortunés et négligeait ceux qui à ses yeux ne pouvaient pas le remplir.
Madame jouait à la patronne, personne n’était dupe de son manège et lorsqu’elle décida de ne plus venir le midi parce qu’elle finissait tard le soir, tout le monde fut soulagé.
Le début d’après-midi était un moment privilégié de la journée, je pouvais enfin me poser, manger avec le personnel et faire un point sur le service. Les discussions allaient bon train sur tout et n’importe quoi, la clientèle passait en revue, constitué à 70% d’habitués, on connaissait et s’amusait des mimiques et petites manies de certains. Pendant une heure le quartier faisait la sieste plus une fille dans la rue, quelques piétons affairés.
 Le calme plat après la tempête !
Généralement arrivé 15 heures, Bella était la première, elle passait par la cour et l’arrière salle pour prendre son petit noir, ses congénères déboulaient les unes après les autres pour se joindre à elle et là commençait une conversation irréelle.
Ces femmes aguerries de la vie se racontaient avec leurs ressentis, telles des midinettes, le résumé du soap américain « Les feux de l’amour. Elles en étaient fan, j’arrivais à en pleurer de rire en les entendant se chamailler sur la destinée de leur héros. Les Newman, Abbott, Carlton faisaient partie de leur vie, elles en parlaient comme de leur famille, étaient tristes à la mort de l’un, outrée des mensonges et infidélités de l’autre.
— C’est une garce, il a eu raison de la faire cocu.
— Je ne suis pas d’accord, elle est malheureuse, c’est pour ça qu’elle lui ment.
— Oh ! t’as vu comme il est beau, pour lui ce serait gratos… !
— C’est sûr que si je l’avais dans mon lit, je n’enfilerais pas des perles.
Leur part d’humanité se révélait au fil de leurs conversations, en temps ordinaires on ne pouvait pas trop savoir leurs états d’âme. Leurs vécues je l’apprenais du bout de leurs lèvres avec parcimonie, lorsque vraiment elles se sentaient en confiance. Trop bavarde était un défaut, le mensonge valait mieux dans ce milieu !
En fin de compte, elles étaient femme comme les autres, chagrins d’amour, jalousie, envie, blessure d’enfance, toute la palette des sentiments prenait les couleurs d’une vie ordinaire.
Le reste de la journée se déroulait avec des gens de passage descendu en ville pour quelques achats et paperasseries, Isabelle reprenait le flambeau, nous discutions pour faire le point. Puis je retournais m’occuper des miens, je m’étais séparée de mon mari, vivais avec mon nouvel amour et m’occupais de ma merveille, mon fils adoré.
Le temps passait très vite, pendant 1 bonne année ce fût mon rythme je pensais que cela durerait ainsi longtemps.

Le secret de famille lourd a porter chapitre 4

Mardi 2 décembre 2014

Dès le lendemain matin, je téléphonais au propriétaire lui faisant part de mon intérêt pour le bar. Je voulais en savoir le prix, il m’expliquait qu’il ne savait pas trop et qu’avant tout, il aimerait bien me rencontrer. Il semblait méfiant et sa première question fût :
— Vous êtes du quartier ?
Je lui expliquais alors, d’où je venais, qui j’étais et surtout mon passe-droit,  Claude qui m’avait donné ses coordonnées.

Je senti un soulagement dans sa voix et rendez-vous fut pris à ses bureaux, cela tombait bien il habitait un village à côté du mien.
Il me reçut la semaine suivante, j’avais eu le temps de peaufiner mon projet et en avait discuté avec mes parents, ayant besoin de leur caution pour obtenir un prêt.

Comme à l’accoutumé, ils répondirent présent, ils ont toujours suivi leurs enfants avec amour et compréhension, les laissant libre de leurs choix, respectant l’individualité de chacun. J’avais la chance en plus d’avoir Jacqueline, la femme du frère de maman, qui était conseil juridique dans un grand cabinet Lyonnais. Cette dernière accepta bien volontiers de monter les statuts de ma future activité, non sans avoir émis quelques réticences.
— Je veux bien t’aider, à condition que tu renonce à ouvrir un pub, un restaurant sera plus facile à tenir. Tu es une vraie oie blanche, le milieu sévit encore à Lyon. Tu vas te faire bouffer et tu perdras tout, je ne veux pas prendre cette responsabilité !
Elle savait de quoi elle parlait, elle était née en centre-ville, avait suivi son évolution et oeuvrait depuis longtemps dans les affaires. Ma famille s’était rangée à son point de vue, je me pliais à leurs désidératas.
 J’étais prête à tout accepter, je m’y voyais déjà !
Je trouvais un homme affable, très à l’écoute de mon projet. Il avait dû mener sa petite enquête sur ma famille et paraissait rassuré.
Seule l’association avec Isabelle d’origine étrangère le faisait un peu tiqué, il avait besoin de savoir à qui il avait à faire et demandait si possible d’avoir un extrait de casier judiciaire.
Ses anciens locataires étaient des voyous, avaient été expulsés par les forces de l’ordre ayant dû intervenir pour les déloger, barricadant la rue à coup de tir dans la vitrine et de bombes lacrymogènes.
— Vous comprenez, madame, que maintenant je prenne des précautions, je ne veux plus me retrouver dans une situation pareille !
Il n’y eu aucun souci, Isabelle comme moi était une vraie bleu et il nous céda le fond, pour une somme si modique, que personne ne voulait le croire.
 Décidemment la chance était avec nous !
Il nous demanda une dizaine de jours avant une visite officielle, afin de faire effectuer un nettoyage, dit-il.
Travaillant à deux pas de là, on passait notre pause du midi et même certain soir chez Josiane.

Nous apprenions à connaitre les gens et l’endroit, en submersion totale dans l’ambiance du coin. Notre venue était plutôt bien appréciée, seul, un commerçant ou deux qui avaient tenté d’acquérir le local en vain, nous battaient froid.
 Qu’ils aillent au diable, nous n’aurons pas besoin d’eux !

Les filles, telles des pies se rapprochaient, en oiseaux curieux, attirées par les objets brillants, elles jacassaient dans leur langage haut en couleur du sud de la France. Elles étaient marrantes, nous offraient des verres, ne tarissaient pas de bons sentiments à notre égard, les plus jeunes paraissaient un peu plus méfiantes

Je n’étais pas dupe et jouais le jeu, il fallait ménager les Reines du quartier tout en gardant la distance nécessaire pour ne pas être envahi. Elles se rendirent vite compte, qu’elles avaient à faire à deux personnalités bien différentes. Femmes intuitives et instinctives, elles nous parlaient à l’une et à l’autre de manière différente.

Franc du collier avec moi, sur l’avancée du projet, essayant de m’amadouer en me promettant de leur clientèle.

Charmeuse de serpent avec Isabelle, l’argent et la séduction féminine étaient le sujet de prédilection.

Isabelle minaudait, marquait sa différence de rang. Elle s’habillait classique, tailleur, petite coupe au carré se donnant l’importance d’une vraie commerçante. Malgré tout une lueur dans ses yeux trahissait sa curiosité à cette ambiance un peu glauque qui lui ouvrait des horizons inexplorés. Elle se faisait arroser à coup de coupettes de champagne, écoutant des heures durant les histoires de clients que les filles racontaient. C’était à qui mieux mieux, la surenchère de celle qui avait le micheton le plus généreux, une vraie concurrence entre elles, plus elles avaient d’habitués, plus leur côte étaient hautes.

Moi j’étais plus dans l’action, je prévoyais les travaux, évaluait la concurrence et posais des questions pour en savoir encore plus. J’avais des tenues plus loufoques, un chignon en bataille, une mèche sur mes yeux brillant d’exaltation, je n’étais pas dans la séduction. Ce qui m’intéressait, c’était de réussir et je savais très bien qu’avec les filles il ne fallait pas entrer en concurrence sur leurs terrains.

J’étais agacée de voir Isabelle se faire rincée à l’œil, sans jamais remettre son coup.

 Je découvris qu’elle était radine et profiteuse et me disais que l’argent pourrait vite lui monter à la tête !

Moi, chaque fois qu’on m’offrait un verre je remettais le mien, me disant qu’ainsi je démontrais que je n’étais pas achetable et pas sensible à la poudre de Perlimpinpin.

 Mon principe, ne rien devoir à personne, car tout se paye un jour ou l’autre !

Je luttais en permanence contre la mauvaise fille que mémé par une phrase avait immiscé en moi. A cette époque j’en en savais beaucoup plus sur cette femme et ne pouvais m’empêcher de l’avoir présente à l’esprit surtout dans ce contexte.

 AH… OUI ! J’ai oublié de vous raconter la suite de la fameuse tante !

 

 

Le troisième et dernier coup de semonce s’était produit à la suite d’une altercation avec mes frères, cela arrivait souvent, papa et maman s’étaient mis en colère et avaient pris mon parti.

Fabien, mon frère aîné, s’était écrié :

— Vous donnez toujours raison à Bérénice. C’est votre chouchou ! Y en a marre !

Comme d’habitude, j’avais plaidé ma cause à coup d’arguments plus convaincants les uns que les autres

— Tu veux toujours avoir raison, t’es menteuse et mauvaise !

Le dernier mot lâché, avait fait jaillir de mes yeux un flot de larmes, sous le regard hébété de mes parents. Ils me savaient vindicative, étaient habitué à me voir tenir le morceau jusqu’à ce que j’obtienne réparation et là je m’étais effondrée. Le mot? mauvaise, avait fait écho en moi, j’avais implosé, sous la pression du silence que je m’étais imposé depuis longtemps. D’une voix chevrotante et suppliante, je leur dis :

— Il faut que je vous parle.

Ils envoyèrent les garçons dans leurs chambres, comprenant que j’avais vraiment besoin d’eux. J’expliquai donc, ce que j’avais appris deux ans auparavant chez mon amie Joëlle.

A la tête que fit papa, je compris immédiatement qu’il n’était pas à l’aise.

— Allez Charles, dis-lui la vérité, car un jour ou l’autre les enfants le sauront ce n’est pas un secret. Tu n’y es pour rien dans l’histoire de ta sœur.

Dis maman en lui passant la main sur l’épaule.

Il m’expliqua que sa soeur Marie avait été bannie de la famille parce qu’elle avait commis des fautes graves et impardonnables. Elle était l’ainée, ma grand-mère l’avait choyée, elle avait fait des études contrairement à ses frères qui à l’âge de douze ans travaillaient déjà aux champs. Elle était plutôt jolie mais avait une infirmité, elle était bossue. Intelligente et envieuse, elle jouait de cela pour obtenir tout ce qu’elle voulait. Elle avait tenu un sale rôle de corbeau pendant la guerre. Il parait qu’elle envoyait des nouvelles de leurs femmes aux soldats en leur expliquant qu’ils étaient cocus et autres vili-penderies. Elle s’était quand même mariée avec un gars bien, gentil, ils avaient tenu une épicerie dans un village du coin. Elle avait eu deux enfants qu’elle laissa tomber, ne menant pas la vie dont elle rêvait. Papa avait fait des économies pour s’installer et se marier, elle lui avait tout piqué avant de s’enfuir.

Quelques années plus tard, ils apprirent : Qu’elle était devenue putain à Lyon, certaines personnes du village l’avaient reconnue et bien sur la nouvelle s’était répandue comme une traînée de poudre, jetant l’opprobre sur toute la famille.
Aux dernières nouvelles, qui étaient fraîches du printemps de cette année. Elle avait participé à l’occupation par les prostituées de l’église Saint Nizier, étant le bras droit de l’égérie ayant menée ce combat.

Renversée par ce récit, je m’écriais :

— Papa ce n’est pas possible, elle ne pouvait pas être que méchante, dis-moi la vérité! Et ses enfants que sont-ils devenus ?

Mon père m’avoua, qu’étant plus jeune et occupé par sa vie, ne pas avoir cherché à la comprendre. La psychologie n’était pas de mode, encore moins chez les paysans. On constatait les faits et agissait en conséquence. Il avait suivi tout simplement, la honte était sur la famille, seul la répudiation pouvait l’effacé. Pourtant, sa soeur malgré tout, il l’aimait bien, son regard était humide et fixait un point non déterminé. C’est la première fois que je le voyais aussi triste, plutôt gai luron d’’habitude  faisant des blagues et riant aux éclats.

Maman essaya bien de m’expliquer :

— Tu sais Bérénice, il y a des personnes qui font du mal, on ne peut rien y changer. En ce qui concerne Marie, je l’ai très peu connue. Mais elle a fait beaucoup de dégâts et plus personne ne veut en parler. C’est trop douloureux !
 Je venais d’avoir 15 ans, cette histoire me fit basculer immédiatement dans le monde des adultes !

J’avais un mal être lancinant, tel un poison injecté dans mes veines, ne supportant pas l’idée que cette tante puisse être aussi mauvaise. J’en voulais a tous, surtout à cause des enfants qui eux aussi avaient été laissé pour compte avec leur père. Me rapportant à mon histoire j’allais combattre ce mal insufflé jusque dans mon coeur, c’était insupportable. Mon idée de la famille éclata, je faisais tout pour me démarquer du clan, le secret était levé et plus jamais les choses ne seraient comme avant.

Je pris conscience de l’individualité de chacun et cherchais tout le temps ce qu’il y avait de bon en eux ne pouvant accepter une vérité divulguer sans savoir le pourquoi du comment. La complexité de l’humain m’intéressait plus que tout. Je me remplissais d’histoires vécues, puisais dans les livres de toutes sortes, un support m’apportant une compréhension des êtres. J’avais au fond de moi une petite voix qui me guidait lors dan mes période de doute, c’était mon amie, elle me permettait de prendre du recul sur toutes situations conflictuelles. Naturellement elle me mena comme tout adolescent à me poser des questions sur la réalité de l’âme, de ce qui nous entoure, le visible et l’invisible. J’avais un fort penchant pour ce dernier et les rencontres que je fis à cette époque et les années qui suivirent m’enrichir d’un savoir impalpable mais prégnant de ma personnalité.

Je ne sais pas si vous avez remarqué dans votre vie, lorsque vous êtes habité par une passion, un questionnement, quel que soit sa nature, le destin vous apporte sur un plateau des faits ou des relations en corrélation complète avec votre cheminement. Souvent ils éclairent par leurs croisement un temps votre route, puis, s’évanouissent comme par enchantement. Chaque personne rencontrée apporte un grain de sable ou une pierre taillée à notre édifice, le ciment étant la compréhension et l’amour que nous voulons bien y accorder

A 18 ans des amis me voyant batifoler avec les esprits, la voyance, l’ésotérisme …. Me dirent:

— Bérénice tu te perds, viens avec nous, on fait partie d’un mouvement de développement personnel, tu seras guidée et cela évitera que tu t’entoures de négatif.

A corps perdu je suis rentré en religion chez les Rose-Croix, je trouvais un équilibre dans les fascicules que je recevais régulièrement. Je m’appliquais à faire tous les exercices pour développer mon intuition, moi qui avais arrêté mes études à 16 ans, j’avais l’impression de m’instruire et de m’ouvrir au monde. Cela dura deux années jusqu’au jour où je décidais d’aller à une cérémonie en compagnie de mes amis, jusque-là j’avais évité.

 AH NON ! Mon Dieu ! je fais partie d’une secte !

Une foule, de plus de cent personnes, était réunie devant une grande bâtisse, tout ce petit monde s’embrassait et se congratulait, je me sentais étrangère à ses sourires entendus. Les deux grands battants de la porte s’étaient ouverts sur une salle ressemblant à un temple, éclairé de torches et de bougies en multitude, une musique ressemblant à des chants grégoriens s’élevait dans les airs. Un rituel de pas pour se présenter devant un autel, toute la panoplie y était;

— Nous sommes tous frères, le microcosme du macrocosme, et blablabla……et blablabla

Un discours endoctrinant, des jeunes filles telles des vestales déambulaient parmi nous balançant du bout des doigts des encensoirs diffusant des parfums envoûtants d’encens. Je sortais de là, profondément déçue, moi qui détestais le formalisme, j’étais gâtée.

 Je n’aurais pu rêver mieux en termes de cliché !

Du jour au lendemain je mis fin à ma formation spirituelle, consciente d’avoir obtenu des acquis pour ma personnalité. Je quittais comme j’y étais entré ces éclairées. Je ne comprends toujours pas comment des êtres intelligents voulant s’ouvrir au monde puissent accepter d’être prisonnier de rites et de sentences. En tous cas pour moi cela en était trop.

j’avais bouffé de la bonne sœur et du curé toute ma jeunesse, hors de question que je dépende de quoi que ce soit de cet ordre-là !

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Jour 1:calendrier de l »avent du gouvernement chaque jour sa surprise!

Lundi 1 décembre 2014

JOUR1