Pourtant, tout avait bien commencé ! chap.2

Je m’imaginais maman, Rose, entrain de pousser de toutes ses forces sur la table d’accouchement de l’hôpital de la Croix Rousse, pour expulser son deuxième enfant. Le premier avait été long à venir. Seule, face à ses peurs, en ce temps-là, les maris ne restaient pas. Le voyeurisme n’était pas à tous les coins de rue, webcam H24 ou caméras au poing. Les hommes, tels des prophètes partaient annoncer la bonne nouvelle à la famille et aux amis, arrosant abondamment leur virilité  avérée.

 ’Car, les accouchements étaient des histoires de bonne-femme, chacun sa partie !
Aujourd’hui, on prône le sans douleur, la péridurale qui va bien avec en prime la vidéo figeant à jamais ces instant de bonheur.
Dans les années soixante ce n’était pas tout à fait le cas, les sages-femmes, souvent des religieuses occupaient le front de cette mission sacrée.
Elles portaient Jésus dans leurs cœurs. Pleines de miséricorde pour ces femmes impies ne connaissant pas la pureté du véritable amour, expiant ces pécheresses de leurs plaisirs, par des paroles aussi sèches que leurs bas ventres.
— Allez ! pousse ma petite, tu ne faisais pas autant de simagrées quand tu l’as fait.

Cela fut la seule phrase d’encouragement que Rose’entendit dire par la dévote acariâtre officiant face à l’autel du péché pour son aîné
Pour moi, ce fut différent, en peu de temps les mœurs avaient évolué, les nones ne tenaient plus les clefs du paradis, leur bastion était tombé aux mains des laïques. Elles ne servaient alors plus que de petites mains régissant le service maternité jusqu’à disparaître complètement de la circulation.
En voyant de la lumière, je m’étais jetée dans la vie et les bras de la sage-femme médusée, qui s’écria :
— Mais regardez-moi ça, elle rigole, je n’ai jamais vu un bébé rire comme ça à la naissance. On dirait, qu’elle se fout de nous !
Maman devait être bien soulagée de ma prestation, j’avais fait du mieux que je pouvais pour soulager ses douleurs.
 L’amour comme épée, l’humour comme bouclier : telle devait être ma devise !
Rose était une femme de tempérament issue de la petite bourgeoisie Lyonnaise. Elle avait quitté ce milieu ou sa mère avait voulu la hissé à un rang supérieur en voulant la mariée à un fils de banquier, pour épouser Charles, mon père.

Jeanne, sa mère, se voulait de la bonne société, elle avait tout essayé pour passer du stade de petit artisan tailleur à couturier modiste. Elle avait exigé de Louis son mari qu’il abandonna la Croix Rousse ouvrière autrefois rythmée par les métiers à tisser des canuts travaillant jours et nuits, au profit du centre-ville où pensait-elle la clientèle serait plus chic. Ce fut avec déchirement que cet homme jovial, adorant sa femme, laissa tout derrière lui. Son enfance, son quartier, ses clients, son clos ou il jouait aux boules avec ses amis. Il ne s’en remit jamais, le début du prêt à porter commençait ses ravages. Il finit sa carrière retoucheur dans un magasin de costumes pour homme, en face de son ancien atelier, de l’autre côté de la place.
J’ai découvert le savoir-vivre à la Lyonnaise avec ma grand-mère, qui me prenait régulièrement pour les vacances scolaires. Elle m’emmenait faire du lèche vitrine dans les beaux quartiers, toujours habillée sur son trente et un, pommadée et coiffée à la dernière mode.

La rue centrale de la République avec ses magasins luxueux, la place Bellecour ou l’on se montrait, ont alimenté mes rêveries d’enfant de la campagne.
 Quand je serai grande, je deviendrai « Quelqu’un » m’étais je promis !
Ce Quelqu’un : je la voyais tous les jours dans le poste de télévision que mes parents avaient installé au beau milieu de la cuisine, comme un ami à qui on réservait une place de choix. Ils étaient fier de leur acquisition qui avait dû leur coûté un bras. Moi, loin de ces préoccupations je regardais les images défiler et m’imaginais dans de belles tenues. Je me voyais comme la speakerine officiant en grande prêtresse, distribuant les rôles, décidant des programmes. N’ayant aucune perception de l’exploitation de l’image féminine servant de faire valoir à ces messieurs, qui, eux diffusaient le savoir.
Le soir après 20 heures, mon frère Fabien et moi devions aller nous coucher, nous enfilions nos pyjamas, attendions un moment et revenions à quatre pattes sous la table voir ce que nos parents nous interdisaient. Ces derniers n’étaient pas dupes et s’amusaient de notre manège, Charles étendait ses jambes d’un coup et Rose disait à haute voix avant de faire semblant de nous découvrir.
— Ouf ! cela fait du bien quand ils sont couchés, on va enfin avoir la paix !
Ce petit rituel ne dura pas très longtemps nous eûmes vite la permission de veiller jusque’après le programme du soir. Les films et spectacles de variétés me montraient une représentation de la femme bien plus attrayante.
 Adieu la présentatrice figée dans sa boite ! Bonjour les héroïnes plus attachantes les unes que les autres. Un jour j’en serai, j’avais un singulier besoin de me démarquer !
Mon père en bon agriculteur avait tiré parti du ventre fertile de sa femme bien aimée. Deux autres loupiots avaient vu le jour, Daniel me succédait de 4 ans, et puis Anaïs. Comble du tout, Rose en avait encore un dans le tiroir, expression très élégante utilisée à l’époque, à croire que les femmes étaient considérées comme des fourre-tout. Sa mère, d’un air méprisant, lui avait servi une rhétorique pas piquée des hannetons :

— Mais tu es une vraie lapine, ma fille ! tu vas t’arrêter quand ? Comment vous allez faire pour les élever ? Vous allez les mettre aux champs ?
Maman gardait depuis ce temps-là, une vraie amertume vis-à-vis de sa mère. Son père gêné d’un clin d’œil lui avait fait comprendre qu’il fallait laisser dire, habitué aux exigences et remarques acerbes de sa femme.
Il faut dire que cette dernière ne l’avait pas ménagé, Jeanne était en souffrance des racines ouvrières de sa famille, lorsqu’elle avait épousé Louis elle avait eu le sentiment d’une réussite. Il faisait partie d’une grande famille de tailleur Lyonnais. Un bon parti en somme pour une petite secrétaire, de plus il était beau et fort et d’une bonté reconnue de tous ceux qui le côtoyait. Puis, la guerre était arrivée avec son lot de misères, une commande de 5000 costumes pour les soldats avait été faite, jamais payée, la famille fut ruinée. Louis retroussa les manches, Jeanne faisait la petite main, cousant les ourlets, surjetant les coupes du façonnage des costumes.

Après la guerre la clientèle revint, les affaires avaient repris. Jeanne recevait les clients, leurs offrait le café ou le thé, une vie plus conforme à ses aspirations, femme intelligente elle tenait conversation. Deux enfants étaient nés de leur union, Jean l’ainé, fils adoré, plein d’humour avait fait des études aux beaux-arts, était devenu quelqu’un dans sa discipline. Rose avait fait le conservatoire de musique, très douée elle avait brigué le premier prix de piano. Vouée à une carrière de soliste de grande envergure, elle avait tout lâché pour Charles, paysan dans un village de la banlieue. Lorsqu’elle avait annoncé la volonté de son mariage, Jeanne faillit prendre une attaque, et s’écria :
— Mais tu es folle, ma fille ! Tu vas faire la paysanne ! Avoir les mains dans la boue ! Mais ou as-tu la tête ?
Elle était furieuse, chaque fois qu’elle se retrouvait avec Rose en courses chez les commerçants de la Croix Rousse qui constituaient la plus grosse partie de sa clientèle. Elle jetait d’un ton dédaigneux à qui voulait l’entendre :
— Ma fille va épouser un paysan après tous les sacrifices que l’on a fait pour elle, mademoiselle préfère vivre chez les bouseux !
Pour en tirer quand même quelques gloires elle rajoutait.
— Des paysans riches ! mais des paysans quand même ! Elle qui ne voulait pas abîmer ses mains, elle les aura sales et même bien noires !
Avec le recul, je me demande, si, la volonté de Mamie à s’installer en centre-ville ne s’était pas activée à ce moment-là. Contrairement à ce qu’on pourrait croire Jeanne n’était pas une mégère, plutôt une bonne grand-mère, je lui devais en partie ce que j’étais devenue, coquette, aimant les belles choses. Avec l’âge, elle s’était adoucie, ses grands rêves s’étaient éteint, mon grand-père disparu avant elle, lui manqua jusqu’à la fin de sa vie.

 
Entre Saône et Rhône, le centre de la ville de Lyon dominé par deux monts, colline des canuts « ceux qui travaillent », colline de Fourvière « ceux qui prient », représentait une dualité qui se ressentait pour toute personne y travaillant ou y vivant.
Bourgeois d’un côté, dont la rue Mercière était le fief, aux beaux jours une foule y déambulait, pour se faire voir ou être vu. Le neck le plus ultra, étant d’être attablé en terrasse des restaurants représentant la capitale gastronomique.On y mangeait de tout, du bon comme du mauvais, le prix du mètre carré valait son pesant d’or et justifiait la fierté où toute réussite devait s’afficher. Encore aujourd’hui c’est d’actualité :

 Mais ! Le vrai Lyonnais ne se laisse plus berner, préférant les vrais bouchons encapsulés dans les petites rues. Pas de tape a l’œil, la qualité caché derrière des rideaux à petits carreaux, en toute simplicité, on y partage le tablier de sapeur, l’andouillette bien crémée, arrosés d’un bon st Joseph qui rend les cœurs gais.
Populace de l’autre côté, la rue piétonne de la République perdait peu à peu ses magasins de luxe, au profit des grandes enseignes à petits prix, le métro y était pour beaucoup, éjectant de ses bouches des hordes de banlieusards les weekend et jours fériés. Ils avançaient tel des moutons, traversant la ville dans un brouhaha incessant. En quête de nouveautés, pour trois francs six sous ils s’offraient une beauté avec leurs payes d’ouvriers. Encore aujourd’hui c’est d’actualité :

Mais ! Le vrai Lyonnais ne se laisse plus berner, préfèrant les ruelles ou les magasins de luxe se sont planqués, craignant le petit peuple pouvant les voler.
Entre ces deux artères, le hasard m’avait mené, dans une rue perpendiculaire où mon restaurant fut créé. J’avais 28 ans, des envies plein la tête, enfin j’allais pouvoir me réaliser.

 Attention Lyon, j’arrive !

Oui, quoi ! Crée, ce n’était pas tout à fait vrai, un bar existait déjà avant mon arrivée. J’avais eu vent de cette affaire par un ami habitant au-dessus du local, un soir ou mon mari et moi avions été invités à souper. J’étais mariée à un homme gentil mais avec qui je m’ennuyais, travailleur acharné, artisan dans les alarmes. Il cavalait tout le temps, un coup de vent, une pluie trop forte, un chat qui passait et hop : Coup de fil des clients se plaignant de la mise en route intempestive de leurs nouveaux joujoux.

Adrien avait cinq ans, depuis qu’il était scolarisé j’avais besoin de m’occuper, en attendant mieux, j’avais trouvé un travail d’enquêtrice à Lyon. Mon tempérament entreprenant ne se satisfaisait pas de cette situation. Je ne pouvais pas m’empêchée d’élaborer des projets pour mon avenir. Mon père me disait souvent en rigolant lorsque je partais dans mes délires de réussite.
— Tu devrais ouvrir une boite à idées, là je suis sûr que tu serais la meilleure !

Mon côté « à part » avait déjà fait des siennes, je n’avais pas tout à fait 18 ans qu’à force de tarauder mes parents, j’avais obtenu leur accord pour reprendre l’épicerie du village sur la place de la mairie. Lorsque’ j’étais plus jeune, pour aller au collège j’attendais le bus en face de la boutique. Mon rêve de grandeur c’était fixé dessus, le commerce le plus central du village était mon fantasme, au point qu’un jour vers mes 15 ans, j’avais dit à maman en passant devant.
— Un jour, ça sera chez moi !
Rose avait rigolé, mais le jour où elle sut que le magasin était en vente, elle ne fut pas étonnée que je fasse des pieds et des mains pour l’obtenir.
 N’étant pas majeure, dérogation fut faite, ainsi je me retrouvais la plus jeune commerçante de France. Premier fait d’armes !
Associée avec mon frère aîné, j’avais tenu quelques années, mais le train-train m’avait lassé, plus rien qui m’enthousiasmait le village était trop petit pour mon ambition. Je rêvais toujours d’autre chose, la lumière de la ville m’attirait comme un papillon de nuit. Avant de me marier à 24 ans, je sortais beaucoup, avide de vivre, mes divertissements m’avaient conduit à fréquenter les boites de nuits. J’avais pris siège dans la plus à la mode des quais de Saône, une clientèle hétéroclite et branchée y venait le week-end, mais en semaine c’était différent. Les commerçants y gravitaient par bande, l’époque s’y prêtait, d’un côté les fils à papa propriétaire de boutiques de marques de jeans qui faisaient un tabac, offrant une nouvelle manière de s’habiller. De l’autre les forains, juifs pied noir pour la plupart, claquants l’argent gagné le matin, flambants avec leurs chaines en or et leurs bonne humeur. J’avais trouvé auprès de ces derniers l’intérêt que je ne vivais plus dans mon quotidien Ils m’avaient pris à la bonne, j’étais originale mais pas vulgaire, ne draguais pas, ne buvais pas, et en plus j’étais commerçante comme eux.
 Lyon by Night je connaissais et rien ne me faisait peur !
Claude mon pote, m’expliqua vaguement l’histoire du bistrot d’en dessous. Il venait d’être fermé par procédure judiciaire car le tenancier était accusé de trafic et de proxénétisme. Il avait été expulsé par les forces de l’ordre à coups de tir de balles dans la vitrine et purgeait une peine de prison.
Claude connaissait le marchand de biens propriétaire des murs et pensait que pour pas trop cher, je pourrais l’obtenir facilement.

Il m’avait proposé :
— Viens demain vers midi, la porte de la salle arrière qui donne dans la cour de mon immeuble est défoncée, on pourra facilement visiter.
Le lendemain, le soleil à pique au-dessus de la tête, je me retrouvais dans la petite cour se situant au bout d’un long couloir, au cœur du pâté d’immeubles, encadré de quatre rues. Un grand escalier en colimaçon d’architecture du XVIème trônait au milieu, Claude habitait tout en haut, je ne m’étais pas aperçu du charme du lieu auparavant, n’étant venue que de nuit. Je sentis de suite que c’était pour moi, comme pour mon épicerie une fulgurance me traversa. Souvent pendant ma pause de midi, j’achetais un sandwich et le mangeait sur un banc dans la cour de l’Hôtel Dieu. J’adorais ces endroits privilégiés ou, en plein cœur de la ville, le brouhaha s’arrêtait et offraient de véritables instants d’éternité. La fraîcheur et le calme qui régnait dans la courette me plurent instantanément.
 Il y a des endroits comme ça où l’on se sent chez soi !
J’avais fait la connaissance de Claude lorsque je tenais l’épicerie, un grand type en costume était rentré, bonne bouille, il prospectait le secteur a la recherche de terrains à vendre pour la construction.

Hasard ? En poussant la porte, il était tombé sur la digne représentante d’une famille de propriétaire terrien du coin. Jusqu’à cette rencontre, je ne m’étais pas rendu compte de la valeur marchande des terres dans un village des monts d’Or.
J’avais grandi au sein d’une famille d’agriculteurs, vus mes parents travailler d’arrache pieds pour nous nourrir et nous éduquer. La vie paysanne était loin d’être facile. Nous étions une fratrie de 5 enfants, mon père Charles travaillait avec son frère qui en avait autant, plus ses parents toujours actifs. Nous étions un véritable clan, entre cousins, nous avions grandi, poussé aux rythmes des saisons et des années plus ou moins fructueuses. La ferme familiale était une grande bâtisse en pierres dorées au cœur du village, la famille de mon oncle y vivait avec le pépé et la mémé. Charles et Rose avait fait construire une villa à 300 mètres plus loin dans la même rue. Jean, mon grand père était un homme plein de générosité, toujours à taquiner ses petits-enfants, à 70 ans passé il travaillait encore. Beaucoup de dictons paysans sortaient de sa bouche, car le temps chez ces gens-là, était une des principales préoccupations, c’est lui qui rythmait le labeur.
En regardant le ciel, aujourd’hui encore, j’entends surgir du fond de ma mémoire la voix de pépé en scrutant au loin un endroit mystérieux entre deux collines :
— Le trou de la Margueritte est tout sombre, il va nous en tomber une bonne !

Les 3 hommes de l’exploitation se distribuaient les tâches à faire. les principales ressources de la ferme étaientt les arbres fruitiers et quelques légumes. Les femmes étaient chargées de l’intendance, les enfants, les casse-croûtes… Elles devaient tout prévoir, les chapeaux pour le soleil ou les bottes pour la pluie. Toute la marmaille sautait dans le Tube « le même que celui de Louis la Brocante » pour aller, soit cueillir des cerise, soit ramasser des patates.
 Je vous parle d’un temps que les moins de quarante ans ne peuvent pas connaitre, la campagne en ce temps là ……………lalalalala
Ma première décennie fut heureuse, bien ancrée dans la terre, les racines si profondes que toutes les vicissitudes de la vie comme des ouragans n’ont fait que passer, sous les bourrasques je n’ai fait que plier.
Claude était promoteur immobilier, il avait une forte demande sur le secteur. Il était vrai que depuis peu le village avait pris de l’ampleur, les villas poussaient comme des champignons, de grosses berlines crapahutaient sur les chemins de terre. Les Riches de la ville prenaient
d’assaut la campagne environnante au détriment d’exploitations agricoles qui disparaissaient peu à peu.
Avant au village, tout le monde se connaissait, se parlait, les différences de rangs sociaux n’étaient pas une barrière. Des histoires il y en avait bien sûr, mais on en entendait parler que dans les foyers à voix basse, cela ne regardait pas les enfants. Les gens étaient d’allures modestes chacun savait ce que l’autre possédait, mais ce n’était pas un problème. Seulement les dimanches et jour de fêtes, on pouvait se rendre compte des différences sociales. Dans mon épicerie, sur la place de la mairie j’étais en première ligne et observais le phénomène, il se déroulait sous mes yeux.
Lors des rentrées et sorties scolaires, là, où, enfant on jouait avec les autres, surveillés du coin de l’œil par les mamans papotants de tout et de rien, juste par plaisir de partage. Un incessant ballet de voitures ramassait les gosses sans leur laisser le temps de respirer. Ces dames pour la plupart, femme au foyer, jouaient à faire semblant d’être très occupées. La notion de temps changeait aussi rapidement que les voitures évoluaient, plus les ménagères profitaient de la modernité plus elles devenaient stressées. Des groupes de mamans s’étaient formés, les biens coiffés d’un côté regardant d’un air dédaigneux celles qui étaient à pied.
Tout ce petit monde se retrouvait dans mon magasin, il faut dire que j’y avais mis le paquet.
 En un coup de balais : Adieu les vieilles étagères poussiéreuses, jonchées de boites de conserves périmées, aussi vieilles que l’ancienne propriétaire. Adieu le gris du plancher qui n’avait plus d’age, la vitrine opaque de poussière… J’avais soif de couleur et de gaieté, tapisserie à petite fleur style « Laura Ashley » c’était la grande mode, dans des tons de rose. Tous les casiers repeints en blanc bordés d’une dentelle, petit rideaux dans la vitrine, l’atmosphère était à la hauteur de ma fantaisie. Une vraie bonbonnière ! les oeufs dans un panier en osier, les fruits dans des cageots comme ramasser du jour, les fromages sur un lit de paille… J’avais l’esprit créatif, tout était bon pour m’exprimer, mon magasin était le reflet de ma personnalité. Lumineux et chaleureux, dotée d’une amabilité naturelle, j’avais pour chacun le petit mot gentil qui convenait bien.

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